Journal de Patagonie – Papillote et bérets basques

8 mars 2013 – Puerto Natales

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La nuit a été courte et fraîche. Le bruit sourd de la pluie frappant le toit en tôle m’a réveillée plusieurs fois jusqu’au lever du jour, me faisant un peu redouter les quatre prochains jours dans les montagnes. Lorsque j’ouvre les yeux, la petite chambre est encore plongée dans l’obscurité. La respiration régulière de mes compagnons de voyage me confirme qu’ils dorment encore.

 Encore moi-même un peu endormie, je me lève et me dirige vers l’escalier, mes pieds faisant grincer le vieux parquet. De l’étage, je perçois des bruits de gamelles. Quelqu’un s’affaire dans la cuisine au rez-de-chaussée.

 Je descends en silence les escaliers, m’arrêtant à mi-chemin pour observer la propriétaire préparer le petit-déjeuner. Elle a la cinquantaine, les cheveux courts couleur auburn et de grands yeux bleus foncés et globuleux. Sa jambe gauche la fait boiter et un petit chien blanc la suit comme son ombre alors qu’elle termine de dresser le couvert.

 Elle m’entend arriver et me sourit, m’invitant à me mettre à table. Je m’assieds le plus près possible du four de la vieille cuisinière qu’elle a laissé ouvert pour chauffer la pièce. Elle ne cherche pas à savoir si je suis ou non du matin. Très bavarde, elle engage immédiatement la conversation sur son handicap. J’ai le sentiment qu’elle cherche à se justifier.

 Elle m’explique qu’avant elle marchait sans peine et qu’elle était « normale », un terme sur lequel elle insiste plusieurs fois. Elle travaillait comme guide de montagne en Argentine avant d’avoir son accident vasculaire cérébral. Depuis, sa petite chienne  la suit partout. « Paloma ne me lâche jamais, elle veut me protéger du reste du monde. Je crois qu’elle se sent responsable de moi maintenant», me dit-elle en tapotant la tête de la petite chienne.

 Mes amis finissent par descendre à leur tour. Une fois tous habillés, il nous reste quelques heures pour louer le matériel de montagne qu’il nous manque avant le départ de notre bus pour Torres del Paine. Je me promène un peu ; Puerto Natales est une petite ville charmante qui ressemble fortement à Punta Arenas avec ses maisons colorées, ses chiens errants et son temps pluvieux.

 Dans la rue, la fine bruine ne semble gêner personne. La plupart des locaux portent de grands bérets basques, même certaines jeunes femmes à qui cela va d’ailleurs très bien.

 Une fois le matériel loué, nous cherchons un endroit pour déjeuner avant de prendre le bus. Au coin d’une rue, un grand restaurant semble vide mais propose une carte alléchante. Un dernier bon repas avant un long trekking me parait être une excellente idée.

 L’intérieur est un peu plus chic que ce à quoi nous nous attendions. Un peu gênés d’arriver en tenues de randonneurs avec nos gigantesques sacs à dos, nous choisissons rapidement une table près de la fenêtre. Le serveur vient nous accueillir avec l’amabilité de ceux des grands restaurants étoilés, ce qui me met d’autant plus mal à l’aise. L’excès de courtoisie et de serviabilité a toujours été pour moi quelque chose de très embarrassant. Allez savoir …

 Nous commandons rapidement pour ne pas nous mettre en retard. Je tente le saumon en papillote, en espérant qu’il soit bien cuit. A Santiago, les restaurants cuisent beaucoup trop leurs viandes et poissons, mais ça ne semble pas être le cas ici puisque ce fut peut-être le meilleur plat auquel j’ai goûté depuis mon arrivée au Chili.

Alors que nous dévorons notre déjeuner,  la chef cuisinière vient s’installer au bar et nous salue de loin. Elle est ravie de découvrir que nous venons de France, un pays qu’elle adore, et tente d’aligner quelques mots pour nous montrer qu’elle sait de quoi elle parle. Elle nous dit que si nous voulons rester dans la région un petit moment, il y aurait certainement du travail en tant que professeur de français.

C’est donc le ventre bien rempli et prêts à se perdre dans la nature que nous quittons Puerto Natales. Nous y reviendrons la semaine suivante pour nous rendre en Argentine, dans le petit village d’El Calafate.

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