Journal de Patagonie – Pluie et légende préhistorique

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7 mars 2013 – Puerto Natales

Alors que le soleil se couche doucement sur Punta Arenas, le bus se met en route pour Puerto Natales, une autre ville portuaire de Patagonie connue pour sa grotte du Mylodon, un animal qui fait l’objet de nombreuses légendes dans cette région.

En 1895, un morceau de peau incrustée d’os et recouvert de poils fut retrouvé dans une grotte de la région patagonne d’Ultima Esperanza. Il fut rapidement identifié comme appartenant à un Mylodon, animal préhistorique de la famille des paresseux dont on croyait l’espèce éteinte depuis des milliers d’années. La peau étant extrêmement bien conservée, certains crurent que l’animal avait bel et bien survécu et vivait encore dans les montagnes de Patagonie. De nombreuses fouilles furent entreprises à cette époque et le Daily Express envoya même l’un de ses reporters partir à sa recherche, en vain.

 Le bus est peu à peu plongé dans l’obscurité. Je continue à lire mon guide du Chili jusqu’à ne plus rien voir. J’adore les légendes, je trouve qu’elles en disent souvent long sur une région. Du coup, pendant que mes compagnons piquent du nez, je finis de dévorer l’histoire du Mylodon.

Bientôt, les paysages sur notre route sont enveloppés par la nuit noire. Un gigantesque camion rouge transportant des dizaines de troncs d’arbres croise notre route. Ses phares me permettent d’apercevoir, l’espace de quelques secondes, un champ occupé par des dizaines de lamas en plein dîner, on ne peut moins perturbés par la lumière émise par les véhicules.

Le bus file sur la route goudronnée et les voyageurs s’endorment les uns après les autres. Seul un carabinero reste bien éveillé. Il ne ressemble en rien à ceux de La Moneda. Il ne porte ni chemisette, ni casque de moto, ni lunettes de soleil qui, à Santiago, leur donnent tous une allure de policiers de séries américaines.

Son pantalon est rembourré pour le protéger du froid, tout comme son épaisse doudoune kaki portant l’écusson des carabineros du Chili. Sur sa tête est enfoncée une toque de fourrure noire et à sa ceinture pend une arme qui a tout l’air d’un gros calibre. Ses yeux brillants et rieurs contrastent d’ailleurs parfaitement avec le reste de son apparence.

Debout au milieu de l’allée, il se tient d’une main au porte-bagages. Nous sommes en surnombre dans le bus, il a laissé sa place à une jeune fille qui n’en avait pas. Au lieu de réprimander le chauffeur qui porte visiblement peu d’importance à la sécurité ou au confort des voyageurs (trois heures de bus pour rejoindre Puerto Natales, tout de même), le policier nous murmure de bien attacher notre ceinture. Les vents peuvent souffler jusqu’à 150 km/h dans la région, assez fort pour retourner un camion. Quelques secondes plus tard, le bus s’arrête au milieu de nul part, laissant le carabinero descendre avant de disparaître dans l’opacité de la nuit…

L’auberge de Puerto Natales se trouve à seulement quelques rues du terminal de bus. Nous nous dirigeons donc à pied vers le lieu où nous avons prévu de passer la nuit. Dans le froid, ma respiration se condense, formant un petit nuage.

 Soudain, un petit chien roux sorti de nulle part se met à marcher à nos côtés. Depuis que je vis au Chili, j’ai pris la mauvaise habitude de me prendre d’affection pour tous les chiens errants que je croise, les incitant souvent à faire un petit bout de chemin avec moi où que j’aille. Généralement, ils sont ravis de recevoir un peu d’affection (et un bout de biscuit) et jappent tout en trottinant à mes côtés. Je dis mauvaise idée car mon cœur se brise à chaque fois que je dois leur dire adieu, comme à la porte de l’auberge ce soir-là. Je suis dans ce cas pire qu’une enfant, ce qui désole d’ailleurs mes colocataires au plus haut point. Faut-il vous dire qu’il m’arrive aussi parfois de leur donner un nom ? Non, je ne pense pas que ce soit nécessaire, j’en ai déjà trop dit.

 Je laisse donc « Alfie » (trop tard, c’est dit) derrière moi en pénétrant dans la petite auberge chaleureuse de la rue Esmeralda. Les deux propriétaires nous attendent pour aller se coucher. Fatiguée du voyage, je ne fais pas long feu non plus. Je m’endors dans le petit lit en bois en écoutant la pluie qui commence à tomber.

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