Feu de camp et bachata

Comment j’ai assisté à mon premier speed-dating en pleine Cordillère des Andes. 

Trekking Love

Trekking Love a tout d’une idée totalement farfelue.

Combiner dans un seul et même événement de la marche en montagne et du speed-dating est parfaitement paradoxal. C’est un peu comme monter à cheval en robe de gala, tenter de se consoler d’une rupture en avalant des kilos de chocolat, ou se préparer à un examen en se saoulant à la vodka. On sait tous très bien que ça ne marche pas.

Lorsque je lui en ai parlé, mon colocataire s’est d’ailleurs montré très sceptique. Pour lui, ce weekend avait tout d’une expérience glauquissime: des minettes coincées pendant deux jours dans les bois avec un groupe de pervers libidineux et transpirants après des heures de marche à pied. Pour faire court, un cauchemar.

Pourtant, aventurière au sang-froid, j’ai décidé de répondre oui à l’invitation lancée par le président du club de trekking. Pour me remercier de mon article paru dans le Santiago Times, ce dernier me proposait d’assister à l’expérience. Je ne sais pas vraiment si mon colocataire a changé d’avis sur le projet ou bien s’il a eu peur de me laisser y aller seule, mais quoi qu’il en soit, il a fini par me suivre.

Me voilà donc, chaussures de randonnée aux pieds et sac sur le dos, prête à aller célébrer la Saint-Valentin avec toute une ribambelle d’inconnus et quelques jours de retard.

Je préfère mettre fin au suspense sur le champ, le weekend fut extrêmement agréable, ne ressemblant en rien à l’idée que je pouvais me faire d’un classique speed-dating.

Des roses, une guitare et des bouteilles de Fresita

L’aventure a commencé sur le chemin du volcan au Cajón del Maipo, à une petite heure de Santiago. Nous étions une vingtaine en tout, avec à peu près autant d’hommes que de femmes, divisés en plusieurs groupes. J’ai choisi de suivre celui des organisateurs.

 Lors des deux heures d’ascension pour rejoindre le campement, quelques détails trahissaient déjà la suite des événements: un bruit de bouteilles de Fresita tapant l’une contre l’autre s’échappant d’un sac à dos, un bouquet de roses rouges dépassant d’un autre, ou encore quelques commentaires douteux visant à mettre mal à l’aise des trekkeuses pourtant imperturbables.

Nous avons installé les tentes sur un joli site au bord de la rivière. Les dernières trekkeuses sont arrivées un peu plus tard, guidées par des pétales de roses semées sur le chemin. Autour d’un grand feu de bois, les tentes étaient décorées de l’intérieur avec des ballons blancs et roses. Des guirlandes de cœurs en papier crépon et des lampions tout ronds ornaient les arbres, et au bord de la rivière, calées entre deux pierres, les bouteilles de Fresita attendaient au frais. Et c’est dans ce décor kitsch au possible que la soirée a enfin commencé.

 Les participants ont commencé par remplir des petites fiches de personnalité, avant de s’enfermer par couple dans les huit tentes. Toutes les dix minutes, une musique annonçait le changement de partenaire. Les hommes ouvraient alors les tentes, offrant une bise à leur partenaire, avant de se diriger vers leur prochain speed-date.

La soirée s’est poursuivie autour du barbecue, sans gêne ni maladresse. Les participants avaient plus l’air d’être à la recherche de nouvelles amitiés et d’un bon moment à partager que d’une quelconque amourette.

D’ailleurs, je me suis moi-même fait un copain. Assis sur notre bout de tronc d’arbre en face du feu, nous avons passé la première partie de la soirée à chanter des chansons. Je peux maintenant vous confirmer que mixer la version française et la version espagnole de « Ce rêve bleu » d’Aladdin en canon ne donnent rien de bien. Surtout quand on le fait avec la bouche pleine de choripanes.

D’ailleurs, nous nous sommes vite rabattus sur mon iPhone. Les yeux de mon nouvel ami se sont illuminés lorsqu’il est tombé sur ma playlist de bachata. Rejoints par d’autres, nous avons dansé autour du feu sur notre piste de danse improvisée. Je tiens aussi à préciser que nos lampes frontales enclenchées sur le troisième mode en guise de stroboscopes ont mis bien plus d’ambiance que n’importe quelle lumière tamisée.

En bref, rien de franchement bien romantique… Juste une bonne soirée en plein cœur de la forêt.

Le lendemain, quelques rapprochements se sont malgré tout opérés sur le chemin. Alors que certains s’échangeaient leur numéro de téléphone dans la timidité, d’autres se sont plus facilement entraidés aux traversées de barrage en se tenant la main.

Le « Trekking Love » s’est terminé dimanche après midi dans une bicoque à empanadas sur le bord de la route. Après s’être rassasié, chacun est reparti crasseux mais heureux, avec en tête le joli souvenir d’une Saint Valentin un peu particulière.

Il veut une empanada

Il veut une empanada

Salud!

Salud!

Trekker Lover

Trekker Lover

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3 réponses à “Feu de camp et bachata

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