Strapontin et haricots en bocaux

(Long) voyage (forcé) dans le métro Santiagais

Notre première expérience dans le métro a souvent une forte influence sur l’image que l’on se fait d’une ville nouvelle. Pour ma part, j’attends toujours le dernier moment avant d’être obligée de tester un nouveau système des transports en commun. Parce que prendre le métro c’est chiant, c’est déprimant, et parfois c’est même violent.

Je me souviens de ma première virée dans le subway new yorkais. Mes délicates oreilles françaises encore peu habituées au niveau sonore des conversations américaines, avaient dû prendre leurs jambes à leur cou et quitter le wagon pour mettre fin à une expérience des plus déplaisantes. J’entends encore résonner dans ma tête ces deux femmes afro-américaines, pour le moins imposantes, beuglant, dans ce qui aurait pu ressembler à une conversation, contre les imbécilités de leur mari infidèle, le tout accompagné de grands gestes brusques. Bienvenue aux Etats-Unis.

Mon expérience dans le métro de Santiago fut quelque peu différente, sans débats bruyants sur la fidélité des hommes ou de barquettes de frites au ketchup oubliées volontairement sur les sièges. Néanmoins, se balader dans les sous sols de la capitale chilienne reste une expérience codifiée, avec certaines règles à respecter.

Une expérience codifiée

Tout d’abord, il y a une information capitale à considérer si l’on ne veut pas se retrouver les quatre fers en l’air et la culotte sur la tête sur le bord du quai. A Santiago, j’ai dû me débarrasser de mes habitudes parisiennes de fausse femme pressée. Au risque de vous en boucher un coin, il y a des villes dans le monde, comme ici par exemple, où les stations de métro sont propres. Et contrairement à Paris, la saleté du quai ne fait pas effet crampon ou adhésif sur tes sandales lorsque vous courez pour attraper votre train, parce que prendre celui d’après trois minutes plus tard bousculerait le cours entier de votre existence. Mieux vaut le savoir en avance, ça évite des situations embarrassantes.

Lorsque les choses sérieuses commencent

J’entre donc calmement sur le quai et, suivant le mouvement de la foule, m’approche du bord. Mais là, attention. Un homme tout de jaune fluo vêtu contrôle la meute de voyageurs d’un seul geste du bras tel un magicien, l’empêchant de dépasser la ligne de sécurité au sol. Je découvre d’ailleurs, stupéfaite, qu’ils sont en réalité plusieurs à garder férocement le bord du quai dans leurs habits de lumière. Je me dis que c’est un peu prendre les voyageurs pour des poulets de batterie, mais en même temps, je me demande aussi si leurs mois de février sont aussi déprimants que les notres en termes de taux de suicide sur les voies ferrées.

Le train entre finalement en gare, du coup sans incident aucun. Et c’est précisément à ce moment là que le Santiagais se métamorphose. Habituellement si calme et relativement cordial, il se transforme en bête féroce. Car il y a une règle que les habitants de Santiago ont très à cœur lorsqu’il s’agit de prendre le métro: ne laisser sortir sous aucun prétexte les voyageurs qui veulent descendre du train dans lequel ils veulent eux-même monter. Au contraire, jouer des coudes et foncer tête baissée pour se frayer un chemin à l’intérieur du wagon. Quel beau spectacle que de les voir ensuite tous comprimés comme des haricots en bocaux, alors que la sonnerie de fermeture des portes retentit et que ceux qui voulaient descendre sont encore à bord. Bel esprit d’organisation, chicos.

Bon, et ce n’était pas la peine de rêver, le métro à Santiago est aussi bondé qu’ailleurs, si ce n’est plus. Pas la peine d’espérer un siège non plus, on se demanderait presque si les voyageurs assis ne sont collés dessus. D’autres, très sûrs d’eux, n’ont pas peur de s’assoir par terre. Effectivement le niveau de propreté du métro de Santiago est appréciable mais enfin pas au point de prendre le plancher du train pour un strapontin…

D’ailleurs, comme dans tous les métros du monde (peut-être à part l’immaculé métro coréen me direz-vous, mais c’est une partie du monde dans laquelle je ne me suis pas encore aventurée), les poignées et les barres en fer sont tellement grasses que l’on préfère faire confiance à son propre sens de l’équilibre, même lorsque la rame freine brusquement à chaque entrée en gare.

Appuyée contre la porte, je lis mon recueil de nouvelles par Luis Sepúlveda. Ça intrigue l’homme debout à côté de moi, qui reconnaît les paysages de son pays natal sur la couverture mais pas sa langue, alors je tourne les pages du petit livre de poche. Il ne peut pas s’empêcher de regarder par dessus mon épaule et de fixer le livre.

Vous me direz c’est toujours mieux que l’homme en face qui a le regard accaparé par tout autre chose. En l’occurrence le décolleté un peu trop plongeant d’une chilienne en habits de sport. Elle n’a pas dû trop en faire du sport d’ailleurs, étant donné l’allure de sa chevelure, une cascade sans fin de cheveux noirs et brillants qui se balance au rythme du train.

La crème solaire, c’est has been

En face, deux grand-mères discutent. L’une a la peau qui pèle. Je suppose que ça doit faire des décennies qu’elle ne se protège plus du soleil, ayant décidé d’ignorer royalement le trou dans la couche d’ozone du côté du Chili. Espérons juste qu’elle ne passe pas en plus ses vacances en Patagonie.

Plus loin, une trentenaire se remaquille. Un classique international du métro. Je ne comprends d’ailleurs toujours pas pourquoi toutes les femmes du monde choisissent précisément ce lieu pour faire ça, au risque de se coller la brosse du mascara dans l’œil.

A côté d’elle, un couple de pololos s’embrasse. Apparemment, le métro de Santiago est le lieu où ce genre d’activité est à l’honneur. Je dis ça parce qu’il m’arrive souvent de devoir slalomer entre des personnes ventousées l’une à l’autre et respirant par l’opération du saint esprit, dispersées un peu partout dans les wagons.  Le mythe parisien et la célèbre photo de Doisneau n’ont qu’a bien se tenir. A côté des chiliens, nous sommes des petits rigolos.

Le train refait finalement surface, quittant l’obscurité du souterrain. Parallèle au Andes, il file dans la même direction, comme essayant de les doubler en vain. On traverse les quartiers délabrés et après une heure de voyage ma station approche enfin.

Je descends et cherche l’arrêt de bus. Une longue file de voyageurs attend patiemment le long du trottoir. Ils n’ont même pas l’air énervé. Mon esprit de française désordonnée et moi-même avons du mal à croire qu’il va falloir faire la queue pour monter dans un bus, alors qu’on ne l’a fait déjà pas au cinéma. Mais ça, c’est une autre histoire.

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3 réponses à “Strapontin et haricots en bocaux

    • On ne va pas faire de généralités… haha! Je ris des chiliens et de leur métro mais je pense que si j’écrivais le même article pour les parisiens, il serait trois fois plus long et trois fois plus moqueur :-)

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