Trot dansant et pluie de sable

Représentation de Bartabas au Teatro Municipal de Santiago – 25 janvier 2013

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Crédits photo: Santiago A Mil

J’ai toujours voulu assister à un spectacle de Bartabas. Cavalière depuis mon plus jeune âge, l’idée que ce célèbre dresseur équestre français puisse mettre en scène ses chevaux dans des pièces de théâtre me faisait un peu rêver. Mais aller le voir à l’Académie équestre de Versailles à vingt minutes en voiture de chez mes parents aurait été beaucoup trop simple. J’ai préféré le voir à 12,000 kilomètres de chez moi, à l’occasion du Festival Santiago a Mil qui s’est déroulé dans la capitale chilienne en cette fin janvier.

N’ayant plus vraiment confiance en l’accréditation de la presse au Chili après l’épisode du Dakar, je décide de me rendre au théâtre avec une petite heure d’avance. J’ai bien fait, il a fallu encore négocier. Non mais c’est une manie ici ! Le prix du taxi, le forfait téléphonique, les achats de tout et n’importe quoi, et maintenant les accréditations presse… bientôt il va falloir que je négocie pour rentrer chez moi.

Aussi déterminée qu’un chien sur son bout d’os, je ne lâche pas l’affaire et finis par me mettre la nénette chargée de la communication dans la poche. Quand on veut, on peut.

A l’intérieur du bâtiment, très joli soit dit en passant, le beau monde arrive. Ça parle beaucoup français, évidemment. A force de laisser mon oreille trainer un peu partout, je finis par entendre qu’assisteront à la représentation le président de l’Uruguay, l’écrivaine chilienne Isabel Allende, ainsi que … notre bon vieux premier ministre Jean-Marc Ayrault !

Au Chili à l’occasion du sommet UE-Celac réunissant tous les chefs d’Etat d’Europe et d’Amérique latine (Hollande s’est dégonflé, les 15 heures de vol ont dû le décourager), Ayrault en a profiter pour venir honorer l’art équestre français.

Son entrée au théâtre n’a pas manqué de me faire rire. Il est passé totalement inaperçu, même les photographes l’ont loupé, occupés à photographier les invités qui patientaient dans le hall. Et bien oui, on est un premier ministre normal ou on ne l’est pas…

Le spectacle commence enfin, la salle plongée dans le noir le plus profond. Dans un éclair éblouissant, un grand rideau blanc s’éclaire et une voix entame le récit de l’histoire du « Centaure et l’animal. »

Le silence dans la salle est complet, mis à part une spectatrice probablement allergique aux poils de chevaux qui ne s’est arrêté d’éternuer. On avait dit pas de bruit, bon sang ! ça déconcentre les chevaux ! Evidemment, on a aussi eu droit à l’andouille qui n’a pas pu s’empêcher de prendre une photo avec son gros flash professionnel du haut d’une loge. Peut-être qu’il n’a pas compris les consignes prononcées en espagnol au début du spectacle. Ni celles en anglais, d’ailleurs.

Le spectacle a démarré et j’ai d’abord éprouvé une certaine frustration. Pendant les premières vingt minutes, j’ai eu l’impression de passer à côté de la pièce, de ne pas saisir quelque chose de fondamental à la compréhension de l’histoire. Une vraie déception pour une cavalière. Puis le déclic s’est fait, et ce devint un réel plaisir de regarder ces chevaux évoluer face au danseur japonais Ko Murobushi, dont le talent a donné un réel sens à la pièce, selon mon humble opinion.

« Le Centaure et l’animal » raconte l’animalité et la relation entre l’homme et l’animal, à travers leurs soumissions respectives l’un à l’autre.

Le premier cheval entrant en scène a la robe noire, représentant le cheval à l’état sauvage. Murobushi, tordant son corps peint en argenté dans tous les sens, transmet de manière magistrale l’idée d’un retour à l’état primitif, l’idée d’un corps venant à la vie.

Les jeux de lumière, de miroirs, les sons du piano et les enregistrement de chevaux apeurés et essoufflés donnent au spectacle un aspect extrêmement angoissant et presque surnaturel.

Alors que la rencontre en l’homme et l’animal se poursuit avec les chevaux blancs, une pluie de sable s’abat sur le danseur, qui semble se laver le corps de toute impureté et prendre des forces, s’élevant face à l’animal qui finit par l’accepter.

Le moment le plus beau reste pour moi la chasse entre Murobushi et le cheval blanc dans une chorégraphie s’accélèrant de plus en plus au rythme de la musique. Plus le danseur tente de s’approcher, plus l’animal recule, dans des mouvements finement étudiés, qui prennent la forme d’une danse infernale.

Dans la salle, je souris en entendant une femme s’offenser : « ¡ Pobre caballo ! »

C’est sûr, ces chevaux doivent souffrir le martyre et ne doivent pas être chouchoutés, du tout. En attendant, je me souviens m’être imaginée sur scène à la place de cet incroyable dresseur. Quel bonheur ce doit être que de partager des moments d’un telle beauté avec ces êtres si majestueux.

Jean-Marc Ayrault au Festival Santiago A Mil - Janvier 2013

Jean-Marc Ayrault au Festival Santiago A Mil – Janvier 2013

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4 réponses à “Trot dansant et pluie de sable

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