Short à fleurs et tics présidentiels

Premier reportage à La Moneda avec accréditation, por favor – 22 janvier 2013

Ce matin, mon sujet de papier est tombé sans que je ne m’y attende vraiment, je dois l’avouer. Le président chilien Sebastián Piñera effectue la remise des prix nationaux de littérature, histoire et sciences  au palais présidentiel La Moneda à 10 heures et je dois couvrir la cérémonie.

Bien, bien, bien… donc il est dix heures moins vingt et je suis en combi-short à fleurs. Forcément, aujourd’hui, j’avais prévu d’écrire sur le festival de musique de Santiago. Et il fait 30°C, entendons-nous bien.

Dans ce cas là, on ne se laisse pas abattre. Une seule solution possible : tirer sur sa combi autant que possible afin d’en faire une combi-pantacourt (pas trop quand même parce qu’après ça fait un pantalon sans le haut) et pénétrer dans le palais présidentiel l’air détendu, en passant devant la police chilienne, «les « Carabineros », et faire comme si on ne portait pas une tenue de plage au siège de la présidence du Chili. Une opération très simple si l’on ne souffre pas de problèmes de transpiration ou de rougissements extrêmes lors de pics de stress. Ce n’est pas mon cas, merci seigneur.

Hop, hop, hop,  on présente sa carte de presse, on récupère son accréditation et on montre l’intérieur de son sac au policier posté  à l’entrée de la cour principale, afin qu’il s’assure de l’absence de crème solaire d’objet suspect.

Au fait, les Carabineros sont des gens absolument charmants. Ils sourient, disent bonjour et même au revoir (policiers et gendarmes français prenez-en de la graine). Lorsqu’on leur demande notre chemin et qu’ils ne sont pas sûrs d’eux, ils appellent leurs collègues par radio et tout à coup, tous les carabineros  de Santiago vous expliquent dans une cacophonie totale comment vous rendre au marché central pour acheter vos patates.

Ma collègue a, quant à elle, un avis tout à fait opposé sur la police chilienne, qu’elle qualifie volontiers de « machines de guerre » ou d’« individus cruels et sans pitié ». Il faut dire que nos activités quotidiennes n’ont pas grand-chose en commun non plus. Pendant que je me rends à des cérémonies de remise de prix absolument transcendantes, elle, participe à toutes les manifestations étudiantes possibles et inimaginables. J’ai effectivement beaucoup moins de chances de me prendre un coup de matraque, c’est évident.

Me voilà donc dans l’enceinte de La Moneda. Enfin, plus précisément dans le mètre carré et demi accordé à la presse dans lequel sont agglutinés les journalistes de toute la presse chilienne. Tiens, c’est rigolo, le journaliste officiel de La Moneda a droit à une place en dehors du carré délimité.

Piñera arrive enfin et s’installe sur l’estrade, parmi les prix nationaux. Curieuse, j’observe pour la toute première fois les traits de ce cher président qui, je ne sais pas tout de suite pourquoi, me paraît bizarrement familier. Peigné et archi bronzé dans son costume parfaitement repassé, il s’assied et laisse d’abord la parole au ministre de l’Education.

Au bout de quelques secondes, Piñera commence à s’agiter sur sa chaise. Main dans les cheveux, repositionnement du nœud de cravate, mouvements d’épaules saccadés et grimaces suspectes… je commence à avoir une petite idée d’où vient cet air familier. Lorsque finalement il se lève et révèle un pantalon beaucoup trop long, ça ne fait plus aucun doute. Pas la peine de vous faire un dessin.

Et si les tics étaient un langage secret pour communiquer entre présidents de droite ? Et les petites tailles le signe d’une appartenance à un groupe très très trèèès fermé ? A méditer.

Oui, c’est ce à quoi je pensais pendant que les gagnants des prix nationaux prononçaient leurs discours. De toute manière, ils parlaient beaucoup trop vite avec un accent beaucoup trop fort pour que je puisse comprendre quoi que ce soit. Etant placée tout à fait en face du président, mon sourire jusqu’aux oreilles ne lui a pas échappé. Tant mieux, il a dû penser que j’adorais les remises de prix.

 Nicolas_Sarkozy_-_Sebastián_Piñera

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5 réponses à “Short à fleurs et tics présidentiels

  1. Manon j ai beaucoup ri avec ce magnifique article et ayant une très grande imagination (tu vois de qui elle tient ta femme) j avais l impression d être à tes côtés, je pense que jusqu à juin j attendrais avec impatience tes articles et dommage pour Iquique car je pense que tu aurais fait l article de l année mais bon on te donnera des infos
    sur Vichuquen
    Continue à profiter un max et amuses toi le plus possible bises

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