Santiago, une ville qui a du chien

Chien errant siesteJ’avais gardé en mémoire les images de cette vidéo de surveillance d’une voie rapide de Santiago. Au milieu des véhicules roulant à toute allure, un chien était venu en secourir un autre, renversé par une voiture et resté inerte sur le goudron. La vidéo était arrivée jusqu’à Paris et beaucoup s’étaient émus de la solidarité et la bravoure du chien errant.

En réalité, au Chili même, on s’émeut beaucoup moins de ces petites (et grosses parfois) bêtes poilues. Allongés sous les arrêts de bus, trottinant sur les trottoirs, se battant dans les rues vides le soir, et jusqu’en haut de la colline San Cristobal… à Santiago les chiens errants sont partout et plus personne n’y fait guère attention.  A part moi, bien sûr, mais c’est un autre problème.

Peut-être un jour écrirai-je un billet sur mes problèmes émotionnels d’enfant de 12 ans, à la gorge toute nouée à la vue d’un pigeon écrasé. Mais ce n’est visiblement pas le sujet du jour.

Revenons-en donc à nos moutons, ou plutôt nos toutous dont tout le monde se fout. D’ailleurs, eux-mêmes ne cherchent pas à apitoyer les passants. A l’image de La Negra dans la nouvelle de Luis Sepúlveda(1), les chiens errants de Santiago ne mendient pas et ne jettent pas des regards affamés. Au contraire, ils semblent vivre leur simple vie, au milieu des humains.

Dans les rues, les enfants les observent mais ne les touchent pas, et eux ne les reniflent pas. Les grands-pères qui passent le temps dans les parcs ne partagent pas leur casse-croute avec eux, et eux ne leur tournent pas autour à l’affut de la moindre miette. Pourtant, il est courant de voir des couples d’amoureux entourés de deux ou trois chiens, tous allongés et endormis sur les pelouses de la capitale, se partageant l’ombre d’un arbre. Les centaines de milliers de chiens errants de Santiago se sont parfaitement adaptés à la vie urbaine, parmi les hommes qui ont fini par les accepter.

Comme si deux peuples se côtoyaient et se toléraient, s’ignorant tout en se respectant. Du moins la plupart du temps. Les deux qui ont élu domicile devant la fenêtre de ma chambre me respectent moyennement en l’occurrence, surtout vers 2 heures du matin les soirs de semaine. Il faut dire que quelqu’un leur a construit des niches dans le renfoncement du trottoir. Belle initiative. J’ai compris qu’il fallait aussi que j’en prenne une en allant acheter des boules quiès.

Car les chiens Santiagais lorsqu’ils se battent ne font pas semblant. Hurlements, grognement, coups de crocs et bave qui vole, le perdant s’en va souvent la queue entre les jambes et celles-ci à son cou.Et lorsque l’on décide  de faire un jogging dans les rues du Barrio Brasil(2), mieux vaut rester vigilant. Mon colocataire en a fait les frais, et a fini les quatre fers en l’air lorsque deux grosses bêbêtes ont décidés elles aussi de se dégourdir les jambes, mais précisément dans les siennes, à lui.

(1). « Vies de chiens », Histoires d’ici et d’ailleurs, par Luis Sepulveda, 2010.

(2). Quartier populaire de Santiago.

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