Miroirs et têtes de brocolis

   Sao Paulo – 31 déc. 2012

Il fait tout juste jour lorsque l’avion entame sa descente sur l’une des pistes de l’aéroport de Sao Paulo. Le vol a été long mais j’ai dormi une grande partie du voyage, tête contre le hublot et cœur léger. La pointe d’appréhension qui m’accompagne généralement lors de mes périples ne fait cette fois-ci pas partie du voyage. Les quelques turbulences ont réussi à me tirer du sommeil à deux reprises, sans pour autant ébranler ce sentiment de sérénité et de paix qui m’habite depuis quelques jours. Il faut croire que je commence à relativiser les adieux devant les portes d’embarquement.

Réveillée à temps, j’ai le plaisir d’assister au beau spectacle qu’offre l’avion, qui a quitté, douze heures plus tôt, le froid hivernal de Zurich et survole désormais la forêt brésilienne. La vue est à la fois étonnamment belle et parfaitement fidèle aux images des reportages télévisés sur la forêt amazonienne. Des kilomètres de terrains vallonnés, d’un vert foncé, profond et contrasté. On dirait des milliers de têtes de brocolis, collées les unes contre les autres dans un immense et heureux bouquet. Alors que l’appareil prend son virage dans le ciel clair et dégagé de ce matin sud-américain, l’aile de l’avion s’abaisse pour offrir, au loin, le spectacle des méandres d’un fleuve densément noir, reflétant la lumière de l’aube, comme un long miroir. La nature qui s’éveille doucement dans cet autre bout du monde, recule alors pour laisser place à un paysage plus urbain. Des centaines de chemins de poussière rouge sinuent autour d’immeubles multicolores et irréguliers de la plus grande des villes brésiliennes. Sao Paulo est à mes pieds, et moi, les papillons au ventre et les yeux humides, je plane.

C’est le dernier jour de décembre et d’une année un peu chargée, voire mouvementée. Dans quelques heures je serai à Santiago, capitale du Chili, sur laquelle j’ai décidé de ne laisser reposer aucun espoir. Ce voyage n’a pas de but, sinon de partir à la pêche aux petits instants de bonheur pendant quatre mois et demi. Il y aura donc des kilomètres de balades comme d’écriture ; pour le reste, je laisse ma bonne étoile s’en occuper. Elle s’est plutôt bien débrouillée jusque là.

Crédits photo: L’Amazonie vue du ciel par Yann Arthus-Bertrand.

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